Dans le vestiaire de l’OM, les années Tapie [CRITIQUE]

Alexandre Fievée (See all)

Dans le vestiaire de l'OM Couverture du livre Dans le vestiaire de l'OM
Alexandre Fievée
Hugo Sport
18 April 2019
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Les années Tapie représentent une période phare de l'histoire de l'Olympique de Marseille. L'homme d'affaires incarne à lui seul la grandeur et la décadence de l'OM des années 1980-1990. Marchand de rêves aux ambitions sportives sans limite, il a emmené Marseille sur le toit de l'Europe avant de le faire descendre en D2, après le scandale du match VA-OM et l'affaire des comptes du club. En s'appuyant sur les témoignages de ceux qui ont écrit la légende des années Tapie (Jean-Pierre Bernès, Basile Boli, Jean-Jacques Eydelie, Alain Giresse, Joseph-Antoine Bell, Gaëtan Huard, Pascal Olmeta, Bernard Casoni, Jean-Philippe Durand, Jean-Marc Ferreri, Gérard Gili, Bernard Pardo...) et sur une centaine d'archives (interviews télé et articles de presse de l'époque), Alexandre Fievée revient sur les grands événements de ces années charnières et raconte l'ambiance qui régnait à l'OM, l'ambition du président, sa main mise sur le club, le choix des joueurs, mais aussi les pratiques auxquelles les dirigeants ont eu recours pour faire de l'OM le plus grand d'Europe...


 

 

Avis de la rédaction

De son arrivée en 1986 à son départ contraint et forcé en 1994, Bernard Tapie aura dirigé l’OM d’une main de fer. Il aura transformé un club qui était jusque-là contraint d’assurer sa survie en première division en une équipe atterrissant sur le toit de l’Europe. Mais il aura aussi laissé l’écurie marseillaise dans un bourbier encore plus grand qu’au moment où il l’aura récupérée. Et pour narrer cette époque charnière du football français, Alexandre Fievée nous délivre cet ouvrage intitulé “Dans le vestiaire de l’OM, les années Tapie”.

Si le récit met bien évidemment en avant la personnalité du “Boss”, il évoque au moins à part égale les nombreux acteurs qui ont marqué l’époque et leur évolution au sein du club : les joueurs (citons par exemple Giresse, Papin, Förster, Waddle, Boli, Ferreri, Deschamps, Olmeta, Huard, Bell, etc.), les entraîneurs (Banide, Gili, Beckenbauer, Goethals, Ivic, Fernandez) et dirigeants (Bernès, Hidalgo, Levreau, etc.). D’ailleurs, la narration s’appuie principalement sur des témoignages des protagonistes, plongeant un peu plus le lecteur en immersion dans les coulisses et la vie de tous les jours. Certains témoignages ne font en outre pas dans la finesse, utilisant un vocabulaire cru voire grossier, ce qui a pour conséquence de ne pas travestir le discours des protagonistes et la réalité de la situation. On retrouvera en complément des extraits issus de la presse, notamment les quelques déclarations de Tapie présentent çà et là, lui qui n’a pas voulu participer à l’élaboration d’un
livre évoquant l’affaire OM-VA. Tout cela rend la lecture simple et rapide, avec un contexte facile à comprendre.

 


De plus amples informations sur cette affaire sont disponibles dans le livre de Jean-Jacques Eydelie « Je ne joue plus ».


Relatant chaque fait dans l’ordre chronologique, le récit démarre aux prémices du rachat du club, imaginé dès 1985. Celui-ci évolue de saison en saison, mettant l’accent sur différents événements marquants (arrivées ou départs de joueurs ou dans l’encadrement, matches de légende, trophées, affaires extra-sportives), pour s’arrêter à la fin de la saison 1992/1993. A
partir de ce moment est détaillé date par date les faits et les rebondissements de l’affaire OM-VA, de ses origines jusqu’aux différentes condamnations de Tapie (qui, dans le même temps, a aussi été condamné dans l’affaire du Phocéa).
Le fil rouge de cette oeuvre, c’est bien évidemment les ambitions croissantes du propriétaire de l’équipe qui, chaque année, fixe des objectifs élevés. D’abord attaché à maintenir le club dans l’élite, il visera ensuite une qualification européenne, puis le titre en championnat avant d’envisager le Graal européen. Pour cela, celui qui avait par le passé connu une expérience réussie en tant que patron d’équipe cycliste n’hésitera pas à s’activer : à chaque intersaison, l’effectif varie au gré des performances des uns et des autres. Ceux jugés non-satisfaisants ou en perte de vitesse sont remplacés par des joueurs considérés comme meilleurs et avec plus de caractère. Ceux sont principalement des internationaux, voire de véritables stars du ballon rond. Même chose pour un entraîneur qui aurait affiché certaines limites (et ce n’est pas l’imposant Kaiser Franz Beckenbauer qui dira le contraire, malgré le soutien de ses joueurs).

On en apprend aussi beaucoup sur le caractère de celui qui est surnommé le “Boss”.
Ambitieux, à l’écoute, proche des joueurs et respecté par ceux-ci, blagueur, et capable de trouver les mots pour booster chacun de ses joueurs, si l’on veut citer les bons côtés. Pour les mauvais, on y devine un homme opportuniste, influençable, capable de changer d’avis selon les circonstances et de se mettre en avant même lorsqu’il n’est pas à l’origine de la réussite, ainsi qu’une grosse tendance à la paranoïa et à jouer avec la presse selon les circonstances. Tous en tout cas semblent unanimes sur sa faculté à vite apprendre le métier grâce à une écoute attentive, autant que par son habitude de poser beaucoup de questions et à bien s’entourer. Il est bien sûr évoqué sa rivalité avec le président bordelais Claude Bez (et les intimidations qui vont avec), dont les témoignages de ceux qui ont connu l’OM et le Bordeaux de l’époque décrivent comme l’exact opposé de Tapie dans sa façon de faire et dans son tempérament.

Si la plupart des anecdotes de l’époque restent tout de même connues du grand public, on en apprend quand même sur l’intérieur du club, sur les rouages des négociations dans le cadre d’un transfert, ou encore sur l’ambiance de camaraderie qui régnait la plupart du temps entre les joueurs et bien entretenue par un Bernard Tapie généreux quand il s’agit de récompenser les bonnes performances. Certains cadres de l’époque reviennent aussi sur leur spleen et la façon dont ils ont parfois été malmenés par leur coach ou leur président.

Il est intéressant aussi de découvrir plus en détails la personnalité des hommes forts de l’époque comme l’incontournable Raymond Goethals, avec sa malice et sa tendance à tenir tête à son président, lui qui n’hésitait pas à s’immiscer dans le  vestiaire pour faire causeries et mises en place tactiques.
On peut aussi apprécier le détail avec lequel est raconté certains matches charnières de cette période, où composition d’équipe et déroulement de la rencontre sont évoqués, comme pour mieux nous restituer l’époque. Par les différentes  réactions que l’on lit, nous pouvons également sentir à quel point le “contexte marseillais” est prépondérant, avec l’exigence du public, la passion qui s’en dégage mais aussi la pression qu’il impose quand les résultats ne sont pas brillants.

Enfin, si les parties prenantes ont globalement tendance à tenir un discours laudatif envers Bernard Tapie, ils n’en oublient pas pour autant d’évoquer ses défauts et de le critiquer avec virulence s’il le faut (on pense notamment à Joseph-Antoine Bell ou à Jean-Jacques Eydelie, qui en ont particulièrement fait les frais). Le livre ne passe pas non plus sous silence les différents scandales qui ont émaillé le règne de l’homme d’affaire : avant même l’affaire OM-VA, il est notamment évoqué celle des comptes du club avec le versement de primes occultes, les suspicions autour de l’arbitrage d’un match face à l’AEK Athènes, l’approche de joueurs du prochain adversaire pour tenter de les déstabiliser, la suspension de Bernard Tapie et de Jean-Pierre Bernès par la fédération pour des sanctions d’ordre “éthique et moral”, les joueurs parlant entre eux des rumeurs  d’arrangement avant un match, ou bien l’évocation de suspicions plus ou moins fondées.

Pour conclure, “Dans le vestiaire de l’OM, les années Tapie” est un ouvrage dans lequel on se plongera sans mal, en se prenant au jeu des anecdotes et du fonctionnement du club. Il pourrait toutefois avoir un intérêt limité pour ceux qui ne sont pas supporters du club olympien, et pour qui la vie quotidienne du vestiaire ne serait pas parlant. Enfin, on pourrait souligner le fait que le drame de Furiani soit à peine évoqué. Mais peut-être que les différents témoins n’aient pas voulu évoquer ce souvenir douloureux pour eux ?

 

 

 

Dans le vestiaire de l'OM, les années Tapie

17€50
6.3

Intérêt football

5.0/10

Style

6.0/10

Accessibilité

8.0/10

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