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Je suis l’arbitre masqué [CRITIQUE]

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Je suis l'arbitre masqué
Anonyme
Hugo Sport
3 Mai 2018
253 pages

Il est à la fois le personnage le plus décrié et le plus méconnu du football. Pour la première fois, un arbitre raconte sans tabous ce qu'il se passe vraiment sur les terrains et dans les coulisses. Un document exceptionnel. Ses décisions suscitent des heures de controverse sur les plateaux télé, dans les colonnes des journaux et au comptoir des cafés. Chaque dimanche, on s'écharpe entre pourfendeurs de l'homme en noir et partisans de l'indulgence. Entre "tous pourris" et "c'est un métier difficile".

Pourtant, dans ce tumulte, la voix de l'intéressé peine à se faire entendre. Le récent "Chaprongate" l'a bien montré... Astreint à une réserve permanente, son impact médiatique est inversement proportionnel à sa parole inaudible.

Comment vit-il ces procès retentissants auxquels le prévenu n'est jamais convié? Quel regard porte-t-il sur ses procureurs féroces ? Sur ces joueurs qui lui aboient au visage chaque week-end ? Sur ces entraîneurs qui le vilipendent lors des conférences de presse ? Que ressent-il dans la solitude du vestiaire face à la certitude de son erreur et l'appréhension de ses conséquences ?

Toutes ces choses qu'il ne peut pas dire, ses émotions, ses doutes, ses peurs, ses admirations et ses rancœurs, sa passion pour le jeu et son mépris pour certains de ceux qui l'administrent, le commentent ou le pratiquent, il va les écrire sans fard, mais avec un maquillage obligé.

Car l'arbitre masqué dit tout, sauf son nom. Ce nom que vous avez probablement maudit au moins une fois en sirotant une bière dans votre canapé. Un arbitre ne devrait pas dire cela et c'est tout le paradoxe de la fonction. Le seul homme contraint de porter un masque pour se dévoiler.


Fiche info du livre

Je suis l’arbitre masqué

Anonyme , Collectif

B07C89QMGX – 3 mai 2018 – EUR 9,99-EUR 17,50

Hugo Sport

 

CRITIQUE

Vidéo, tacle à retardement de Tony Chapron, goal-line technology, affaire des maillots de Said Ennjimi (OM-FCL en 2015). Ces derniers mois, l’arbitrage français a davantage été secoué par les problèmes que par les succès. Alors qu’il est temps « d’aider les arbitres », propos tenus par Daniel Riolo ou encore Rudi Garcia (et oui, Rudi ne passe pas uniquement son temps à se rouler dans sa zone technique quand il s’agit d’arbitrage), un arbitre se jette à l’eau et vide son sac. Masqué mais justifiable.

« On n’a pas le même maillot mais on a la même passion. »

 

 

Je commence cette critique par cet adage légendaire que tous les amoureux de football ont entendu au moins une fois dans leur vie. Si la passion du football est incontestable chez les hommes en noir (ou plutôt en multicolores quand on voit les fantaisies des équipementiers), cet amour du ballon est soumis à rudes épreuves. Malgré un salaire confortable (15000€ mensuels en Ligue 1), la difficulté du métier rend cette rémunération presque moindre par rapport à certains risques encourus. Les pressions qui existent autour d’un arbitre sont fortes, trop parfois.

 

Un seul chiffre suffit pour comprendre la difficulté de cette mission.

100 –

Au cours de la saison 2017-2018, plus d’une centaine de cas d’agressions physiques à l’encontre d’un arbitre ont été recensées en France. Édifiant.

 

Pourtant, la motivation de l’auteur anonyme du livre ne vient pas de cette donnée. C’est devant la « messe » française du football, le Canal Football Club (désolé Téléfoot, on t’aime quand même) que l’arbitre masqué lance son projet d’écriture. Après avoir vu Pierre Ménès descendre une nouvelle fois ses collègues, l’arbitre masqué prend conscience qu’il est temps de donner la parole aux distributeurs de cartons.

Si ce travail anonyme est facilement critiquable, le propos de cet ancien régulateur du jeu est révélateur et met en lumière toutes les facettes du métier, les bonnes comme les mauvaises. Surtout les mauvaises.

 

« Nous ne sommes pas battus par plus fort que nous mais par nous-mêmes ». Propos de l’arbitre masqué après une erreur lors d’un match à enjeu à la Beaujoire.

 

Tout le monde a déjà tapé sur l’arbitre au moins une fois. On a tous au moins une fois sur réagi à une décision arbitrale qui a pénalisé notre équipe. Dès le début de l’ouvrage, notre « ami » masqué le souligne. Joueurs, staffs, dirigeants, supporters, instances, collègues, « l’homme en noir » doit gérer une pression permanente et envahissante.

 

Tout au long de l’ouvrage, l’arbitre masqué revient sur les moments forts de sa carrière : son ascension des divisions amateurs à la Coupe d’Europe, les joueurs qu’il a dirigés, les dirigeants qu’il a côtoyés, les instances qu’il a subies, ses voyages aux quatre coins de l’Europe.

Cette identité cachée permet à l’auteur de distribuer les bons points comme les mauvais. Si certains protagonistes comme Rio Mavuba, le défunt Loulou Nicollin ou encore Ronaldinho ont droit à des louanges, d’autres sont littéralement « renvoyés aux vestiaires ». De Pierre Ménès à Nabil Fekir en passant par Rudi Garcia, Aulas ou les instances (Fédé, la Direction Technique de l’Arbitrage par exemples), l’arbitre masqué tire à boulets rouges. Magouilles, abus d’autorité, comportements déplacés, l’arbitre se lâche et ne mâche pas ses mots. Et son sifflet.

 

 

« Nous sommes la grande muette du foot hexagonal »

 

Si une phrase m’a bien marquée, c’est celle-ci. On pourrait presque penser à un autre adage : « mange et tais-toi ! ». Si l’ouvrage est avant tout une autobiographie pour comprendre la difficulté de ce métier d’arbitre, il nous permet également de comprendre l’ensemble des défaillances qui existent au niveau de l’accompagnement de l’homme en noir. Les instances sont aux abois. Les guéguerres et les rivalités internes pénalisent le bon développement de la profession. Les soutiens sont quasi inexistants. Bref. Les arbitre seraient presque comme livrés à eux-mêmes et les projets de développement de notre arbitrage seraient quasi nuls.

 

Un exemple simple de l’arbitrage français à la peine : la finale de la Champions League entre le Real et les Reds était dirigée par Milorad Mazic, un arbitre serbe.  Clément Turpin était quatrième arbitre de la rencontre. Une pâle exception qui démontre toute la difficulté de l’arbitrage français à exister à l’international. Des problèmes bien souvent issus de l’absence d’un cadre structuré et efficace dans l’Hexagone.

 

 

Arbitre est le poste le plus difficile du football. A la fois juge, médiateur et souverain, il est le garant de l’équilibre entre les différents acteur d’un match. « Le tout est de savoir rester à sa place » comme dit l’arbitre masqué. Cependant, la voix des arbitres se fait de plus en plus entendre. Le problème du regard sur la fonction est un enjeu majeur pour les hommes en noir. Conscients de leurs erreurs mais aussi des difficultés auxquelles ils doivent faire face, les arbitres sont aujourd’hui à un tournant. « Il faut aider les arbitres » comme disait Rudi Garcia.

 

Les chapitres

 

Chapitre 1: Nantes 0 – Arbitre 1

Chapitre 2: Vocation

Chapitre 3: Chez les pros

Chapitre 4: Près des étoiles

Chapitre 5: La vie hors-jeu

Chapitre 6: L’Europe

Chapitre 7: Presque tout en haut

Chapitre 8: Les instances

Chapitre 9: Entre la presse et l’enclume

Chapitre 10: Dans les cartons

 

Avis de la rédaction

 

Au début de l’ouvrage, je dois avouer que je me suis demandé l’objectif de ce travail. Si les difficultés des arbitres sont connues, quel était l’intérêt de ce récit sinon de tacler ou se venger ? La démarche d’anonymat est critiquable certes mais compréhensible à la lecture du livre.

Si certains passages sont un peu décalés et sont totalement hors-sujet (le passage sur les aventures féminines notamment), l’ouvrage présente une cohérence certaine dans son ensemble. L’arbitre masqué met en lumière les difficultés de la mission sur le terrain mais aussi et surtout en dehors et c’est ça, le plus frappant.

Si j’avais des gros à priori sur la lecture de cet ouvrage, je dois dire que j’ai été agréablement surpris par ce propos. Ce désormais ex-arbitre a tenu à nous plonger en profondeur dans les affres du métier et c’est plutôt réussi. Formation, progression, matchs, préparation, analyses, relations aux protagonistes, pédagogie, futur de l’arbitrage. L’arbitre masqué passe sa carrière en revue et même ses rares journées de salarié de la Poste afin d’apporter sa vision du métier. Les multiples anecdotes qui étayent le propos rendent l’ensemble vraiment plaisant à lire.

Cet ouvrage apparaît presque comme un appel de détresse de la part du monde arbitral, si souvent malmené au cours de ces dernières années et en manque de repères et de soutiens.

 

Alors oui, j’ai passé mon temps à essayer de deviner qui était ce fameux anonyme. Même si ma culture arbitrale est un peu limitée, j’ai tenté de trouver qui était ce fameux arbitre masqué. Ce ne sont pas les indices qui manquent (meilleur arbitre de L2, un tour préliminaire d’Europa League du Dinamo Bucarest, etc) mais la tache est très ardue. Au bout de 254 pages, j’ai peut-être une idée mais on vous laisse vous faire votre opinion sur la question…

Je suis l'arbitre masqué

7.7

Intérêt football

8.0/10

Style

7.0/10

Accessibilité

8.0/10

Auteur

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