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Une passion absurde et dévorante [Critique]

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Une passion absurde et dévorante
Titre: Une passion absurde et dévorante
ISBN13: Editions de l'Observatoire
Auteur:
Genre:
Nombre de pages: 250
Publié: 19 mai 2021
Catégories: ,
Prix: 19€
Un soir d'été 1982, Olivier Guez assiste à son premier match de football. Il n'a pas 10 ans. Les formes pures du stade, les projecteurs aveuglants, le vert ardent de la pelouse cernée de lignes laiteuses, et les milliers de petites touches bleues qui parsèment les gradins?: le vertige, l'immense frisson. Il ne s'est jamais vraiment remis de ce spectacle grandiose. Le football a donné à l'écrivain le goût des autres, et le goût du…
4.6Note globale

Une passion absurde et dévorante

Une passion absurde et dévorante, livre signé de la jolie plume d’Olivier Guez, journaliste et prix Renaudot en 2017 pour La disparition de Josef Mengele, nous plonge dans un univers ...

  • Intérêt Football
    4.5
  • Style
    5.0
  • Accessibilité
    4.0
  • Impression générale
    5.0

Une passion absurde et dévorante, livre signé de la jolie plume d’Olivier Guez, journaliste et prix Renaudot en 2017 pour La disparition de Josef Mengele, nous plonge dans un univers footballistique mêlant histoire, culture et passion. Un enchaînement d’écrits, tirés d’articles et d’humeurs, de 2014 à aujourd’hui, qui nous font voyager à travers le monde magnifique quoiqu’impitoyable du football et de son impact.

Tout commence avec une fiction, l’auteur se mue dans la peau d’un prodige du football, invitant à la rêverie et aux espoirs les plus fous, avant de rapidement redescendre sur terre, les pieds bien ancrés au sol, sur le humus rocailleux des potreros argentins. Avant d’embarquer avec Olivier Guez, la lecture de la table des matières nous donne le ton de cette croisière : le Brésil, la France, l’Allemagne, la Russie, la Coupe du monde, l’Uruguay, l’Argentine (l’un de ses amours non dissimulés, en plus d’Annabelle, cette « étoile des nuits de Buenos Aires »). Un ouvrage qui revient notamment sur le Mondial russe, où l’auteur était envoyé en mission pour le journal Le Monde. Il nous raconte de l’intérieur, de son intérieur. Son amour de l’Uruguay, qu’il démontre avec dévotion, cette patrie pas comme les autres, ce petit pays pourtant si grand. Quelques passages aussi sur des joueurs et faits marquants, pour lui, pour nous, pour tous. Diego Godin, El Coronel, « le ténébreux, qui a la placidité des grands mammifères et la fourberie d’un cardinal romain. » Mais aussi Kylian Mbappé, la comète. Une pensée pour le grand absent (l’Italie, qui souffre en silence, sans laisser transparaître cette plaie pourtant ouverte), et une évasion nécessaire et enrichissante en dehors du rectangle vert et de ses jolis traits de craie. Se laisser bercer par ces lignes retranscrites avec nostalgie et passion par l’auteur, qui a ce don, cette faculté de faire passer des messages avec légèreté et dramatisme. Une plume déjà bien connue, qui crayonne les pages aériennes de certains journaux volants.

À travers tous ces chapitres, lisibles de gauche à droite mais aussi de droite à gauche, notre esprit voyageur parcoure le monde avec les yeux de l’auteur sur place, qui devient notre guide personnel, nous apporte un puits de connaissances et de liens entre l’histoire d’un pays et le sport le plus populaire au monde. Un lien intangible et qui rend compte de la culture d’un pays, d’une ville ou d’une région du globe, vis-à-vis du football, mais pas que. Un livre qui se lit comme on descend une bière, avec fraîcheur et intensité. Surtout au pays des numéros 10, du tango et des potreros. L’Argentine est bien représentée dans cet ouvrage, puisque l’auteur est un véritable passionné du football argentin et s’est rendu sur place pour nous conter, avec ses yeux et sa plume espiègles, la folie et la déraison d’un pays meurtri. Sa fascination nous transporte, l’envie d’acheter des billets (sans retour) pour Buenos Aires est très forte à la suite de ces écrits (à consommer avec modération, si vous êtes sensibles).

Le format choisi pour cet ouvrage, bien connu pour ceux ayant déjà lu Eduardo Galeano ou encore Vladimir Dimitrijevic, permet au lecteur de prendre le temps, d’apprécier chaque texte, et de les prendre dans un ordre qui lui appartient. C’est aussi ça, le voyage. Le seul bémol, mais c’est totalement personnel, c’est ce billet de fin où l’auteur fait preuve de cynisme (on peut le comprendre) concernant la suite du football, de son évolution. L’optimisme étant l’un de mes fidèles compagnons (un compagnon qui s’effrite ceci-dit, forcément un peu).

Merci Olivier pour ces lignes sincères, tranchantes mais surtout touchantes.

Quelques lignes de cet ouvrage passionnant :

« Mais le clou du football, son charme irrésistible, c’est sa frugalité […] Le football est un sport délicieusement cruel. »

« C’est beau un stade de football. Deux petits bataillons en uniformes étincelants se disputent le contrôle de l’espace sur un échiquier géant. Les avants appellent et se démarquent, le bloc monte, les défenseurs s’alignent, les milieux permutent et les ailiers virevoltent, une escadrille, et la balle circule, de pied en pied, la balle fuse, tête, poitrine, les latéraux accélèrent, tandis que l’équipe adverse serre les lignes et se recroqueville dans son camp, autour de sa cage, elle défend son territoire, un fort assailli, canardé de toutes parts, des centres jaillissent, les rouges approchent, les jaunes dévissent, une jambe traîne, coup franc… »

« Le club est un moyen de résistance collective au désordre du jour. »

« Écrire le football, c’est raconter l’histoire d’un pays et d’une ville, c’est explorer la mémoire et l’imaginaire collectif, la culture populaire d’une nation. Qui veut aujourd’hui saisir les méandres du turbo-capitalisme, les évolutions ethniques, démographiques, les changements de mœurs et de valeurs d’une société et ses peurs, ses espoirs et ses métamorphoses, qui veut comprendre les rapports de force, le cours de la planète mondialisée doit scruter le football du XXIe siècle, spectacle total et populaire pratiqué par des centaines de millions d’amateurs, suivi en continu par la moitié de l’humanité, transporté par-delà les frontières et générant chaque année des milliards d’euros de revenus. »

Critique rédigée par @Piazzooo

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