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ITW – Ben Lyttleton présente « Onze mètres, la solitude du tireur de pénalty »

ITW - Ben Lyttleton présente Onze mètres, la solitude du tireur de pénalty

A l’occasion de la sortie de son livre Onze mètres, la solitude du tireur de pénalty, TLMSenFoot (papa de Livres de Foot) a rencontré Ben Lyttleton. Voici la retranscription de cette interview.

 

L’INTERVIEW

 

Pouvez vous nous en dire plus à propos de Soccernomics, votre agence de consulting footballistique, référence mondiale dans le domaine? D’où vient l’idée?

L’idée est venue du livre éponyme (« Les attaquants les plus chers ne sont pas ceux marquent le plus » pour le titre français), écrit par deux de mes amis, Simon Kuper et le Professeur Stefan Szymanski. Après avoir lu leur excellent ouvrage, j’ai senti qu’il pouvait y avoir un business à faire avec ces idées, on a alors collaboré pour créer l’agence. Nous aidons maintenant les clubs sur des domaines comme l’analyse de données, la stratégie, la planification de succession ou encore le recrutement. Nous aidons également les entreprises qui veulent investir dans le sport. Travailler avec des gens si intéressants et intelligents est tellement agréable !

Vous avez déclaré lors d’une interview pour le site The Macgyver Project que vous adoriez le système des tirs au but, car c’est « le football dans son essence la plus pure » comme vous déclarez souvent dans votre livre. Cependant Ignacio Palacios-Huerta (Professeur d’économie et stratégie managériales, souvent cité dans votre livre et auteur de l’ouvrage « L’économie expliquée par le football« ) a démontré que, à cause de la pression sociale, l’équipe qui tire la première dans une séance de tirs au but à 60% de chance de gagner la séance. Il a également fait des tests (plus de 200 sessions de tirs au but testées) pour tenter de trouver le meilleur ordre pour les tirs au but (ABAB, ABBAABBA, ABBABAAB). Il en est ressorti que le système ABBABAAB était parfaitement équitable : plus de pression et un jeu plus « fair ».
(Ignacio Palacios-Huerta a envoyé cette étude à la FIFA en 2006 mais aucune décision n’a été prise)
Pensez vous que le système de tirs au but doive évoluer?

J’ai la conviction que le concept des tirs au but est un moyen juste pour déterminer l’issue d’un match indécis après 120 minutes. Il requiert en effet les deux compétences principales d’un joueur : la technique et les nerfs. J’accepte l’idée que le système proposé par Ignacio serait une façon encore plus équitable de déterminer le vainqueur d’un match indécis mais cet ordre n’est pas simple. Ce serait compliqué pour les joueurs et les fans (sans parler des arbitres). C’est, je pense, la raison pour laquelle il apparait peu probable que la FIFA accepte un jour sa proposition.

(Merci à Pierre Rondeau, traducteur d’Ignacio Palacios-Huerta en France, pour cette question, ndlr)

Dans votre livre, il est question de forme de tir (C ou J). Il est facile de comprendre que les tirs en C (ballons brossés, trajectoires aisément prévisibles) sont moins dangereux que les tirs en J (ballons flottants à la trajectoire turbulente), mais cela s’applique-t-il également aux pénaltys, compte tenu de la courte distance?

Les idées de « tirs en C » et « tirs en J » viennent d’un spécialiste en tir, Dave Alred, qui a notamment appris à Jonny Wilkinson comment tirer. Il a également brièvement travaillé dans le football et m’a donné une leçon de tir très intéressante ! C’est moins significatif à courte distance, en effet. Mais son argument était le suivant : « si le joueur n’arrive pas à tirer correctement, comment peut il espérer marquer de 11 mètres ? ».

Vous avez été sélectionné pour faire part du jury pour l’élection des 100 meilleurs joueurs du monde organisée par The Guardian. Pouvez vous nous raconter votre expérience? Pour qui avez vous voté?

J’ai été très honoré que l’on me propose d’être juge de cette récompense prestigieuse. Nous avons reçu une liste d’environ 300 joueurs et on nous a demandé de les classer de 1 à 40. Un des joueurs que j’ai classé très haut n’était même pas présent dans la liste des 300, mais je l’y ai inclus ainsi que d’autres juges : il s’agit de Thiago Alcantara que j’estime être un Top 10 mondial s’il est épargné par les blessures. J’ai également mis David Alaba dans mon Top 10 car il est à mes yeux le prototype du joueur moderne : superbe techniquement, polyvalent tactiquement et super-intelligent. Si seulement il existait un joueur anglais comme lui !

Soyons un peu plus personnel maintenant si vous le voulez bien.
Ce qui m’a le plus impressionné dans votre livre, c’est l’idée selon laquelle, lorsqu’un joueur échoue sa tentative, l’attitude de ses coéquipers (réconfort ou déception) a un fort impact sur le taux de réussite du prochain tireur de l’équipe.
Quelle est, de votre point de vue, la plus grande découverte que vous ayez faite concernant les pénaltys?

J’ai tellement appris à propos de la psychologie inhérente à la performance sous pression à travers mes recherches pour ce livre. Il était par exemple intéressant d’apprendre que le cycle des défaites aux tirs au but est vicieux : les chiffres montrent que perdre peut devenir une habitude dont il est difficile de se défaire. L’élément le plus frappant pour moi est l’importance du temps de réaction entre le coup de sifflet de l’arbitre et le début de la course du tireur. Sous pression, il est recommandé de prendre son temps, mais les joueurs anglais ont enregistré le temps de réaction le plus court (en moyenne 0.28 seconde, alors que le temps de réaction d’Usain Bolt est de 0.18s, à titre de comparaison). Il s’agit très clairement d’un signe de nervosité qui a contribué au record anglais d’échecs aux tirs au but.
Il est également important de rappeler qu’en club, les joueurs anglais ont de meilleurs taux de réussite aux tirs au but que les Français, les Espagnols, les Brésiliens et oui, même les Allemands. C’est seulement lorsqu’ils portent le maillot national que le traumatisme revient.

Vous avez indiqué dans votre interview pour The Macgyver Project que le pénalty d’Ashley Cole (raté) pour l’Angleterre à l’Euro 2012 vous avait donné envie d’enquêter et d’écrire ce livre. Y’a t’il une autre session de tirs au but qui vous a particulièrement marqué?

Il y en a une foultitude. Le France-RFA 1982 est la première séance de tirs au but en Coupe du Monde dont j’ai le souvenir et le souvenir de voir de grands hommes comme Uli Stelike et Didier Six, athlètes d’élite, se replier en boule et être détruits après avoir raté un tir au but fut un choc ! A ce moment là je me suis dit « Wow ! Le pénalty est une chose vraiment puissante !« .
Mais c’est la comparaison entre Asley Cole marquant lors de la séance de tirs au but en finale de la Ligue des Champions 2012 face au Bayern (réussi) et celui raté à l’Euro contre l’Italie qui m’a fait me questionner sur ce qui peut se passer dans la tête des joueurs au moment du tir.

ITW – Ben Lyttleton présente « Onze mètres, la solitude du tireur de pénalty »

Recommanderiez-vous à une équipe d’avoir un spécialiste des pénaltys ou vaut-il mieux procéder à un turnover entre 3-4 tireurs?

Dans une équipe de 23 joueurs (comme en tournoi international), je pense que ça ne fait pas de mal d’avoir un joueur qui est vraiment spécialiste des pénaltys. Je pense à Matt Le Tissier en 1998, qui aurait pu faire partie de l’équipe d’Angleterre mais qui n’a pas été retenu. A Saint-Etienne, l’Angleterre a perdu contre l’Argentine aux tirs au but (avec des échecs de Batty et Ince). Si Le Tissier avait été sur le banc, il aurait pu rentrer et tirer un pénalty (Matt Le Tissier reste comme une référence en terme de réussite aux pénaltys avec 48 réussites pour 1 échec, ndlr). Ca ne fonctionne pas toujours mais ça peut valoir le coup de considérer cette option. Je pense que l’Angleterre a eu la même idée avec Rickie Lambert à la Coupe du Monde 2014, mais pour cela, encore aurait-il fallu sortir de la phase de groupe…

Quel est votre pire cauchemar en terme de pénalty?

Je n’ai pas réellement de cauchemar en terme de pénalty car les pénaltys manqués, et notre réaction à ceux-ci, sont les plus intéressants pour moi ! Peut-être une saison entière où aucun joueur ne rate son pénalty alors (mais c’est très peu probable).

Et votre plus grand rêve?

Ah! Il y a quelques années, j’ai pu tirer 2 pénaltys devant 25 000 supporters à Dublin. J’en ai mis un et raté un, mais c’était avant d’apprendre tout ce que je sais maintenant. Je pense que j’aurai une approche différente et me sentirai plus en confiance.
Ce serait génial d’avoir l’opportunité de tirer une nouvelle fois un tir au but devant un public nombreux !

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